Notre ambition

Nos prépas littéraires : un trésor à défendre et à transmettre 

Les classes préparatoires de Sainte-Marie de Neuilly vont bientôt fêter leurs 50 ans. C’est l’occasion pour elles de commémorer leur fondation et de célébrer leurs accomplissements, mais surtout de préparer l’avenir.

 

Une intuition toujours actuelle

La création de classes préparatoires littéraires dans nos établissements n’est pas un hasard. Comme le souligne Marguerite Léna, « les études supérieures ont été, dès le départ, le premier souci et comme la prunelle de l’œil de Madeleine Daniélou ». Celle-ci, bien avant nos interrogations contemporaines sur la place des élites, défendait une juste conception de l’élitisme, fondé non sur les castes ou les privilèges, mais sur les « droits de l’esprit », seuls « privilèges proprement humains ». Les classes préparatoires littéraires sont progressivement apparues comme la meilleure voie pour défendre cet élitisme bien particulier, afin de répondre à la perte de sens qui caractérise notre société et aider nos établissements à être toujours, comme le souhaitait Madeleine Daniélou, des « pépinières d’apôtres ». Prendre de jeunes esprits, les conduire par le travail à l’excellence, leur apporter l’exigence de la culture, éveiller « la liberté de l’intelligence, le courage de la conscience, et la force d’aimer », selon la formule de Marguerite Léna - telle est l’ambition qui animait Jacqueline d’Ussel en 1970, au moment de convertir la propédeutique universitaire de Neuilly en Hypokhâgne. Elle eut alors l’intuition que cette classe serait la plus à même d’honorer cette préoccupation par sa formation humaniste et généraliste. Marie-José Baduel d’Oustrac prolongea, en 1986, cet élan avec l’ouverture complémentaire de la BL (appelée à l’époque hypokhâgne S - comme scientifique) : celle-ci permit, par l’ajout des mathématiques et des sciences sociales au socle commun de l’hypokhâgne, de déployer plus largement encore la formation par les Humanités, bien au-delà d’une opposition réductrice entre « littéraires » et « scientifiques ».

Nous avons la conviction qu’un tel modèle reste plus que jamais un projet d’avenir et qu’il ne doit donc pas se limiter aux murs de l’hypokhâgne. C’est pourquoi nous constituons pour la première fois, à partir du 19 novembre, un réseau d’anciens de la prépa Sainte-Marie-de-Neuilly, intitulé SMN Alumni. Fonder un réseau, articulé à celui fondé dès 1922 pour les collèges et lycées par Madeleine Daniélou, n’est pas un simple ajout à la formation proposée, c’est sa continuité logique : la transmission et les trésors reçus engendrent le désir de transmettre à son tour, dans de nouveaux environnements.

 

Les études littéraires aujourd’hui : des paradoxes à affronter

Nos anciens sont la preuve vivante de la diversité et de l’excellence de nos parcours. Or ce réseau prend tout son sens dans un contexte où les études littéraires affrontent de nombreux défis. L’actuelle réforme du lycée renforce l’incertitude des parents et des lycéens sur les choix décisifs qu’ils doivent faire au cours de leur scolarité et à l’entrée des études supérieures. De manière générale, alors qu’on parle de « nouvelles technologies » et de « nouvelle économie », on ne pense plus spontanément aux études littéraires comme une voie d’avenir. Et pourtant ! Quelle meilleure formation, en ces temps de fake news, de pluridisciplinarité, d’innovation et d’intelligence artificielle, que la richesse et la rigueur d’une culture classique ? L’art d’argumenter une thèse, de concevoir de nouvelles idées, de construire et déconstruire un discours ne s’apprend que par la fréquentation des grandes œuvres. Ceux qui en ont fait l’expérience savent d’ailleurs, comme l’explique Marguerite Léna, que les humanités « sont humanisantes en elles-mêmes ».

 

Une telle conviction oblige souvent à agir et à parler à contretemps. Si personne ne discute l’aura qui entoure le beau mot d’Humanités et si chacun est prêt à défendre le primat de la culture sur les mentalités techniciennes, tout change dès lors qu’il s’agit concrètement, au lycée, de soutenir les nouvelles spécialités « Humanités » et « langue et culture de l’Antiquité » ou, après le baccalauréat, d’inscrire ses enfants en Hypokhâgne. Le retard dans l’information des familles joue aussi son rôle : combien sont encore persuadées qu’un Khâgneux est condamné à réussir l’ENS ou à échouer, alors que plus de 70 écoles et une grande variété de formations s’offrent à eux. La logique comptable des classements d’établissements, qui joue un rôle accru dans l’orientation, les conduit souvent à privilégier un rendement immédiat, à Bac+2 ou +3, calculé sur la base de parcours formatés, là où, au contraire, notre ambition est de construire des parcours sur-mesure, mûris étape par étape, qui échappent à l’approche quantitative et au formatage. Marguerite Léna note d’ailleurs que c’est bien pour former la liberté que Madeleine Daniélou privilégiait « le temps de la maturation généraliste où mille chemins sont ouverts ». Comme le montre la soirée Parcours de littéraires que nous organisons chaque année depuis 2015, c’est d’ailleurs à Bac + 4 ou + 5 et au-delà que la réussite humaine et professionnelle de nos anciens devient éclatante.

Tel est le paradoxe de notre modèle : sa force en termes de formation et d’excellence fait sa faiblesse en termes de promotion et de visibilité. Il n’a jamais été aussi adapté au monde contemporain, car il oblige les jeunes à discerner à chaque étape, favorise leur audace et leur souplesse mais cette excellence est moins lisible aux yeux du grand public.

 

De ces atouts, tous nos anciens sont persuadés. Aussi avons-nous confiance qu’ils seront les meilleurs ambassadeurs de Sainte-Marie-de-Neuilly et de la voie des lettres – à condition de leur en donner les moyens. Depuis le 19 novembre dernier, SMN Alumni s'est dotée d’outils pour construire un réseau vivant et actif et travaille à faire la promotion des études littéraires et des classes préparatoires, par des rencontres et des actions de communication à l’intention du grand public. L’année 2020 sera également l’occasion de faire connaître la richesse et l’excellence de cette histoire que nous partageons avec tous les CMD, avant de fêter ce cinquantenaire à Neuilly le 10 octobre 2020.

 

Accepter d’être à contretemps pour mieux être à l’écoute de notre présent : ce paradoxe est familier à tous ceux qui vivent des intuitions de Madeleine Daniélou. Aussi sommes-nous certains de pouvoir compter sur cette réserve d’audace qui caractérise le Réseau Madeleine Daniélou, avec lequel nous désirons collaborer de manière toujours plus étroite. Car même si cette nouvelle association est fondée sur les liens tissés au sein de notre prépa, c’est bien cet héritage commun à tous nos établissements que nous souhaitons faire prospérer.

 

Laurence Mathias (Daniélou 1986) et Christophe Bourgeois,

Anciens élèves de l’E.N.S., professeurs de philosophie et de lettres,

Responsables des classes préparatoires de Sainte-Marie-de-Neuilly

 
01 septembre 2020

Coup de projecteur sur le programme du 10 octobre : les tables rondes

Politique des Humanités : 6 tables rondes en parallèle (16h30-18h)

 

Contrairement à l’image que l’on associe souvent aux « littéraires », les Humanités ne sont pas un « supplément d’âme » destinés à quelques conquérants de l’inutile. Elles sont des disciplines faîtières, c’est-à-dire qu’elles permettent d’avoir du monde une vue d’ensemble, indispensable pour discerner, agir et gouverner. En ce sens, les Humanités sont éminemment politiques : la vie de la polis exige plus que jamais l’esprit de finesse, le sens du temps long, la capacité à subordonner les impératifs techniques et économiques à la question des fins et des valeurs. Les anciens Khâgneux formés à Sainte-Marie ne cessent de montrer leur capacité à discerner et à agir pour contribuer, aujourd’hui et demain, au bien commun. Ces tables rondes seront l’occasion de le vérifier sur des questions cruciales pour l’avenir de nos sociétés : elles seront aussi l’occasion d’échanger entre alumni de promotions différentes, venus d’horizons professionnels très variés. Chacun d’entre nous pourra puiser, nous l’espérons, dans ces rencontres, la lucidité et l’élan dont nous avons besoin dans nos différents engagements. 

 

Tables rondes coordonnées par Nicolas Dujin, professeur d’histoire à Sainte-Marie en Hypokhâgne et en Khâgne. 

 

  • Eduquer à la liberté : nouveaux défis

 Avec notamment Bérengère Blondeau (1990), Manuela Rousselot (1980) et Charles Mercier (1997)

 

  • Les femmes dans l'Eglise 

Avec notamment Caroline Nicolle, sfx (1989), Florence Guyon (2005), Virginie Anglès d'Auriac (1987), Guillaume Cuchet (1993) et Bénédicte Bouillot (1988)

 

  • Migrants, et après ?

Avec notamment Maÿlis Dupont (1998), Irinda Riquelme (1988) et Audrey Chatelain (2013)

 

  • La responsabilité sociale de l'entreprise 

Avec notamment Laure Mounier (1994), Anne Myon (2006) et Thibaut Hyvernat (1997)

 

  • La transition écologique à l’épreuve du réel

Avec notamment Gaspard d’Allens (2010), Camille Dalmas (2010) et Ghislain Mercier (2005)

 

  • Regards sur l'Eglise en Afrique du Nord aujourd'hui

Rencontre avec Nicolas Lhernould (BL 1995), évêque de Constantine et Hippone

 

Pour retrouver le reste du programme de la journée : https://www.smn-alumni.org/agenda/50-ans-de-la-prepa-26